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SINA social innovation academy etienne salborn

SINA : Comment un mouvement peut se développer par lui-même

Dans un monde où l’on parle beaucoup d’autonomie, d’empowerment et de responsabilité, rares sont les modèles qui incarnent réellement ces principes au quotidien.
Le projet SINA (Social Innovation Academy) en fait partie.
Né en Ouganda, il s’est étendu à neuf pays, a vu naître plus de 100 entreprises sociales et réunit aujourd’hui plus de 1 000 jeunes dans un réseau de communautés autogérées.

Mais ce qui rend SINA vraiment fascinant, ce n’est pas son développement ou ses chiffres : c’est la façon dont ce mouvement grandit — en se répliquant, en s’enracinant, en se transformant, sans jamais imposer un modèle figé.

Voici ce que les organisations, les leaders et les équipes peuvent apprendre de SINA.

1. À l’origine, un manque criant : l’école ne suffit pas

L’histoire de SINA commence avec le fondateur, Etienne Salborn, qui travaille dans un orphelinat et constate un paradoxe : les enfants vont à l’école… mais restent sans perspectives, sans emploi, sans outils pour changer leur vie.

Il crée d’abord un système de parrainage pour financer les études et réalise vite que cela ne résout rien : les jeunes sortent de l’école, diplômés, mais toujours sans opportunités.

En 2013, il pivote : et si les jeunes pouvaient créer eux-mêmes les solutions qu’ils attendent des autres ?
C’est le point de départ du modèle SINA, pensé comme une communauté d’apprentissage et d’émancipation, où chacun peut découvrir sa vocation et construire son projet de vie.

2. Le cœur du modèle SINA : une communauté qui apprend, vit et entreprend ensemble

SINA repose sur trois piliers simples mais puissants :

Apprendre → développer ses compétences, autant personnelles que professionnelles.
Habiter ensemble → vivre dans la communauté, partager le quotidien, apprendre à coopérer.
Être autonome → prendre la responsabilité de son parcours, de ses choix, de son projet.

Le cheminement suit cinq étapes progressives :

  • développement personnel
  • développement professionnel
  • prise de responsabilités
  • création d’un projet entrepreneurial
  • lancement dans le monde réel

Les valeurs centrales — liberté, paix intérieure, responsabilité — ne sont pas des slogans : elles structurent réellement la vie quotidienne et les décisions de la communauté.

L’objectif n’est pas de “former des entrepreneurs” mais de former des humains capables de se créer un avenir.

3. Pourquoi ça fonctionne : une structure vivante, pas un modèle figé

Quand une communauté vit ensemble, les déséquilibres apparaissent vite : certains prennent trop de place… d’autres pas assez.
Certaines tâches deviennent invisibles, d’autres accaparent l’énergie.

SINA en a fait un apprentissage : au fil du temps, le modèle s’est structuré pour distribuer les responsabilités, clarifier les rôles et donner à chacun une place identifiable.

Ce n’est ni une hiérarchie ni une horizontalité naïve. C’est une self organisation structurée, renforcée par :

  • un cadre éthique
  • un accompagnement individuel
  • un accompagnement collectif
  • des outils de régulation des conflits

Autrement dit : SINA a appris que l’autonomie ne naît pas du “laisser-faire”, mais d’un cadre clair et partagé, au service de la responsabilité collective.

4. Un exemple concret : Tonny et la cantine

Parmi les témoignages, celui de Tonny Wambonga illustre parfaitement l’esprit SINA. Il rejoint la communauté après avoir été bloqué dans son projet d’accéder à l’université. Il arrive, il observe, il se perd un peu, expérimente, et petit à petit, il prend des rôles.

Un moment clé : sa participation à la gestion de la cantine. Il y apprend la responsabilité financière, la répartition des tâches, la collaboration.
C’est une situation banale… mais c’est dans ces situations-là que se construisent la maturité, la confiance et l’autonomie.
Tonny finit par développer son entreprise et devenir mentor pour la communauté — un cycle très “SINA” : je reçois, je grandis, je transmets.

5. Le plus impressionnant : un modèle qui se réplique tout seul

Aujourd’hui, SINA, c’est :

  • 23 communautés
  • dans 9 pays
  • plus de 1 000 jeunes accompagnés
  • plus de 100 entreprises créées

Ce qui frappe, ce n’est pas la croissance rapide, mais la manière dont elle s’opère :

  • Chaque communauté est locale.
  •  Chaque communauté est autonome.
  •  Chaque communauté se réplique comme un organisme vivant.

La métaphore utilisée par SINA est celle de l’arbre : on plante une graine, elle pousse, elle s’adapte au sol, puis elle donne de nouvelles graines capables de pousser ailleurs, mais jamais à l’identique.

Cette analogie résume parfaitement l’esprit du mouvement : ne pas copier-coller un modèle, mais permettre qu’il vive, grandisse et s’adapte.

Leur ambition : atteindre 1 000 communautés dans les 10 prochaines années.

6. Ce que SINA nous apprend sur la transformation des organisations

Beaucoup d’entreprises veulent “plus d’autonomie”, “plus d’initiative”, “plus de responsabilisation”. Mais elles sous-estiment souvent ce que cela implique :

1. L’autonomie exige un espace réel

On ne peut pas demander aux gens d’être acteurs si le cadre ne le permet pas.
SINA commence par donner du terrain d’apprentissage réel, pas théorique.

2. La responsabilité se construit dans l’action

À SINA, on ne devient pas responsable parce qu’un organigramme le dit, mais parce qu’on vit des situations où sa contribution compte vraiment.

3. Le collectif est un accélérateur

La vie en communauté montre très vite ce qui marche… et ce qui ne marche pas.
Les ajustements sont naturels, visibles, immédiats.

4. La confiance est un choix, pas un résultat

On ne “gagne” pas la confiance en cochant des cases.
On la donne d’abord.
Et c’est ce qui fait que les jeunes osent prendre leur place.

5. Un mouvement se développe quand il ne dépend pas d’un seul leader

SINA peut se répliquer parce que son modèle n’est pas attaché à une personne, mais à une structure simple, claire et appropriable.

7. Alors, comment créer un mouvement qui se développe tout seul ?

Ce que montre SINA est d’une simplicité presque déroutante :

  • donner de l’espace,

  • donner des rôles réels,

  • accompagner sans diriger,

  • structurer sans rigidifier,

  • faire confiance avant d’attendre des preuves.

Un mouvement se développe quand ceux qui le vivent se sentent auteurs, et non exécutants.

Quand on regarde SINA, on comprend une chose essentielle : ce n’est pas un modèle d’organisation. C’est un modèle d’émancipation.

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