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Proginov : une entreprise structurée où le pouvoir appartient vraiment à ceux qui travaillent

 

Proginov : une entreprise structurée où le pouvoir appartient vraiment à ceux qui travaillent

Dans le monde de la tech, la trajectoire classique est connue : lever des fonds, croître vite, revendre. Proginov, éditeur de logiciels ERP basé près de Nantes, a choisi autre chose. Fondée en 1996, l’entreprise compte aujourd’hui près de 400 collaborateurs — et appartient à 100 % à ses salariés.

Un modèle de propriété qui change les règles du jeu

Environ 85 % des collaborateurs de Proginov sont actionnaires. Plus de la moitié du capital est directement détenue par les équipes. Il n’y a pas d’investisseur externe, pas de fonds au capital, pas de pression à la revente.

Ce que cela change concrètement : les décisions ne sont pas optimisées pour satisfaire un conseil d’administration ou préparer une cession. Elles sont prises en fonction de ce qui est bon pour la pérennité de l’entreprise — sur dix ans, pas sur dix-huit mois.

Comme le formule un responsable de l’entreprise : « Vous ne travaillez pas pour le PDG. Vous travaillez pour vous-même, parce que vous possédez une part de l’entreprise. »

Cette phrase résume quelque chose d’essentiel. L’engagement ne se décrète pas. Il se construit, notamment à travers des mécanismes concrets qui donnent aux gens une raison réelle d’être là — et d’y rester.

Une structure claire, un pouvoir limité

Ce qui est frappant chez Proginov, c’est que le modèle ne repose pas sur l’absence de hiérarchie. L’entreprise a une direction, composée de 14 personnes, qui fixe les orientations à long terme. Elle assume pleinement ce rôle.

Mais cette direction ne pilote pas les opérations au quotidien. Entre elle et les équipes, une holding d’environ 60 personnes joue un rôle d’interface : garantir l’indépendance financière, participer à l’évaluation des salaires, faire circuler l’information dans les deux sens.

Au niveau des équipes, des groupes de travail transverses — six à dix personnes — ont un véritable pouvoir de décision sur des sujets concrets : évolution du système salarial, gouvernance, attractivité des talents, intelligence artificielle. La règle est simple : ceux qui travaillent sur un sujet sont les mieux placés pour trancher. La direction n’intervient que lorsque les décisions dépassent certains seuils financiers ou stratégiques.

C’est précisément là que Proginov s’écarte du modèle dominant. Le pouvoir n’est pas concentré parce que c’est plus commode à court terme — il est réellement distribué parce que c’est plus robuste à long terme.

La transparence comme condition de la confiance

Pour que ce modèle fonctionne, l’information circule. Chez Proginov, les données financières, les flux de trésorerie, la structure du capital et la liste complète des salaires sont accessibles à tous.

Ce niveau de transparence est rare. Il a deux effets concrets : il renforce la confiance — chacun comprend réellement comment fonctionne l’entreprise — et il responsabilise. Quand les informations sont visibles, les décisions opportunistes ou court-termistes deviennent difficiles à défendre.

C’est une logique simple mais exigeante : on ne peut pas demander aux gens de s’impliquer comme des propriétaires si on leur cache les informations dont les propriétaires disposent.

Une rémunération cohérente avec les valeurs

La politique salariale de Proginov est également construite sur une conviction : si l’entreprise génère de la valeur, elle doit être partagée.

Le salaire mensuel ne représente qu’environ un tiers de la rémunération totale. Le reste provient de mécanismes collectifs — participation, intéressement, avantages sociaux. L’écart entre le salaire le plus bas et celui du dirigeant est limité à un rapport de un à trois.

Ce choix est fondamental et gonflé. Il dit quelque chose sur ce que l’entreprise considère comme juste — et sur la cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles. C’est souvent là que le décalage est le plus visible dans les organisations : entre ce qu’on dit vouloir être et ce que les actes racontent vraiment.

Transmettre sans concentrer

Proginov a également conçu un mécanisme de transmission progressif : à partir de 50 ans, les actionnaires cèdent leurs parts graduellement — un quinzième par an — à des collègues plus jeunes. Le capital ne se concentre pas, ne se fige pas, ne dépend pas d’une génération particulière.

Ce mécanisme garantit que l’entreprise reste ce qu’elle est dans le temps. Ce n’est pas de la nostalgie ou de la prudence excessive — c’est une architecture pensée pour durer.

Ce que Proginov nous dit sur la transformation

Proginov n’est pas une organisation autogérée. Ce n’est pas une expérimentation sociale. C’est une entreprise rentable, structurée, avec une direction qui assume son rôle et qui a fait des choix cohérents sur ce que signifie diriger.

Ce modèle montre qu’autonomie et structure ne sont pas opposées, bien au contraire. Que la confiance n’est pas un état d’esprit qu’on décrète, mais le résultat de mécanismes concrets : transparence, propriété partagée, décisions distribuées au bon niveau.

Près de trente ans après sa fondation, Proginov est toujours indépendante. Et les gens y restent.

C’est peut-être la mesure la plus simple — et la plus fiable — d’une organisation qui fonctionne vraiment.

Vous dirigez une organisation et vous interrogez sur vos propres mécanismes de gouvernance et de confiance ? Contactez-moi.

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