Ego ou Orgueil ?

On entend souvent dire que les leaders des nouvelles formes d’entreprises telles que les entreprises dites libérées, devraient laisser leur ego au placard pour se concentrer sur leurs équipes et se mettre à leur service. Je ne suis pas d’accord avec ça.

L’ego, moteur interne de l’engagement

L’entrepreneur est un caractère particulier qui décide de mettre son énergie dans une aventure humaine et économique qui implique une prise de risque dans le but de réaliser des convictions fortes qui lui sont propres. Il faut une certaine force pour porter un tel projet, s’investir, insuffler une énergie suffisante pour convaincre partenaires, banques, clients, fournisseurs et salariés de vous suivre. C’est l’ego qui nourrit cette intention. Sans ego, pourquoi se mettre autant de pression et de difficultés certaines avec une entreprise à faire croître, des charges à payer et des tas de personnes sur le dos qui vous harcèleront de questions du soir au matin ? Il est plus avisé de choisir une profession libérale si c’est votre indépendance qui compte le plus, d’être salarié si c’est la sécurité qui prime pour vous.

Ce qui nous amène à envisager l’ego des cadres et des dirigeants salariés. La seule motivation salariale ne me paraît pas non sufffisante pour expliquer la prise de responsabilités inhérentes à ces postes. Le statut social, la reconnaissance du titre, la position hiérarchique sur l’échelle du pouvoir sont autant de puissants moteurs tous reliés à la présence nécessaire d’un certain ego, ego en tant que moteur interne d’engagement et de tension positive vers l’action et la réalisation. Les contours d’un sens au mot ego émergent, si vous aviez l’envie d’en tenter une définition.

C’est la dose qui fait le poison

D’autres comportements sont pourtant associés à l’ego, moins flatteurs et très répandus dans le monde de l’entreprise, par exemple : le chef qui sait tout mieux que tout le monde, qui décide de tout, qui du coup s’estime indispensable, qui se met en avant, qui tire la couverture à lui, dont la soif de reconnaissance et le charisme font enfler le budget communication et oublier la réalité du terrain.

Ces comportements ne reflètent pas selon moi l’ego, mais l’excès d’ego. N’est-il pas bénéfique en effet d’avoir un patron charismatique qui attire à lui les media et fait parler de l’entreprise, améliorant sa renommée, développant sa clientèle ? N’est-il pas rassurant d’avoir un patron capable de prendre de graves décisions lorsque l’entreprise est à un tournant ou traverse une passe difficile ? N’est-il pas nécessaire d’avoir un leader qui connaisse par coeur le métier pour devenir le meilleur sur le marché et contribuer avec ses équipes ?

C’est la dose qui fait le poison. J’emprunte cette expression à Jean-Marc Jancovici pour dire que ce n’est pas l’ego qui pose problème, mais l’excès d’ego. Et l’excès d’ego, ça s’appelle l’orgueil.

De l’orgueil à l’hubris

Les grecs anciens appelaient l’orgueil hubris. Ce mot signifiait l’excès et la démesure. C’était pour un mortel le plus grand des péchés et les dieux le punissaient de la plus terrible des manières : Prométhée qui avait eu l’orgueil de vouloir voler le feu sacré de l’Olympe avait été condamné à avoir le foie dévoré par un aigle chaque jour, le foie repoussant chaque nuit dans un supplice sans fin. Sisyphe, qui avait défié les dieux en refusant de retourner parmi les morts fut condamné à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. Icare, lui, pensait pouvoir s’approcher du soleil en volant de ses propres ailes de mortel. Il est mort de n’avoir pas écouté les conseils de son père. On ne rigolait pas avec l’orgueil à l’époque.

De nos jours, l’orgueil, l’excès et la démesure ne manquent pas. Ils nourrissent l’intérêt individuel, la superficialité et la réalisation d’ambitions  matérialistes. Ils peuvent également mettre en danger l’intégrité physique d’une personne dont l’orgueil se retournerait contre elle-même. J’ai expérimenté l’orgueil moi aussi en pensant que mon corps pourrait suivre le rythme que je lui infligeais sans écouter les signes qu’il m’envoyait. J’y ai gagné une hernie discale. Qu’ai-je appris ? Je cherche encore mais voici quelques pistes : si l’orgueil est démesure, comment garder l’ego dans la mesure ? Où se trouve la ligne d’équilibre, la mesure sans cesse mouvante de la mesure et de l’harmonie ? Les instruments sont-ils à trouver en nous, par rapport à notre propre projet, notre intention et notre énergie, ou dans le respect de l’autre et l’écoute bienveillante de ses remarques, même lorsqu’elles vont nous contrarier ?

Transformer les rapports humains

Pour s’adapter à notre monde qui change si vite et en profondeur, les nouvelles formes d’entreprise doivent transformer leurs rapports humains. Ce nouvel équilibre des egos qui permette la coopération, l’intelligence collective et la libération des énergies est probablement à trouver dans la confrontation constructive sur les espaces de travail et un travail d’alignement sur son espace personnel.

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