Il n’y a plus d’exigence ni sens de l’effort

Influence des technologies sur nos comportements : va-t-on toujours dans le bon sens ?

Ce qu’on y gagne … et ce qu’on y perd

Vous vous souvenez des appareils photos avant le numérique ? Vous achetiez une pellicule de 24 ou 36 poses, ça coûtait cher et c’était long à développer. On faisait donc attention à ce qu’on prenait en photo. Maintenant, nous avons presque tous des smartphones avec une fonction appareil photo. La photo ne coûte plus rien et elle est immédiate. Résultat ? On prend tout et n’importe quoi en photo, on n’a plus besoin de faire l’effort de sélectionner ce qui mérite d’être pris en photo.

 

Appareil photo argentique

 

Il en est de même avec nos communications écrites. Avant, il fallait écrire une lettre. Je sais, ça donne l’impression de parler du 19ème siècle, mais l’email n’a vraiment commencé à se démocratiser que dans les années 1980 et 1990. Si vous deviez envoyer un message par lettre, vous deviez prendre le temps de l’écrire sur du papier (sans correcteur orthographique), le mettre dans une enveloppe, écrire l’adresse et mettre un timbre, puis attendre 2 à 3 jours avant qu’il arrive à destination. Et vous n’aviez pas encore de réponse. Forcément, cela invitait à la patience. Et avant d’écrire, vous réfléchissiez à deux fois, et il fallait vraiment une bonne raison de le faire. En d’autres termes, la contrainte vous faisait réfléchir, et l’effort à faire filtrait les contenus non nécessaires. Bref, une certaine qualité de l’échange. Maintenant, vous pouvez envoyer un e-mail, un sms, un message sur n’importe quel réseau social en deux secondes, ça ne coûte rien et votre destinataire le reçoit instantanément. Résultat ? On envoie n’importe quoi pour ne rien dire, ou pas grand-chose, parce qu’il n’y a plus d’effort à faire. Et en plus, nous attendons maintenant une réponse instantanée, nous sommes devenus viscéralement impatients.

 

Idem avec le téléphone. Avant c’était cher un forfait mobile, on faisait gaffe. Et avant le portable, le téléphone fixe, c’était cher et pas pratique. Vous n’étiez pas sûr de tomber sur la personne, laisser un message sur son répondeur (quand elle en avait un) n’offrait aucune garantie de réponse. Maintenant, se téléphoner ne coûte plus rien et c’est possible d’à peu près partout, pour joindre à peu près n’importe qui à n’importe quel moment. On ne fait plus aucun effort et c’est comme ça que, par exemple, on se met à téléphoner dans le train en faisant profiter tout le wagon de cette précieuse information : « Je suis dans le train. T’es où ? ».

Quelles conséquences sur nos relations en équipe ou en société ?

Moins il y a de contraintes, moins il y a d’efforts. Moins il y a d’efforts, moins il y a d’exigence, de qualité, et de respect (sous forme d’impatience notamment). Rendre la vie plus facile n’a pas de que des avantages. Focus sur 3 catégories d’inconvénients :

1. Instantanéité vs Impatience, appauvrissement, et perte de créativité

Les technologies ont fait de l’instantanéité notre rapport normal au Temps. Nous sommes impatients en tout, sans plus aucune prise de recul sur l’importance réelle de l’information que nous avons demandée. L’urgence a noyé l’importance et toute idée de sélection, de priorisation. De plus, la rapidité empêche la prise de recul et le temps de la réflexion, ce qui entraîne un appauvrissement des pensées critiques et créatives.
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2. Facilité vs Perte du sens de l’effort

Les exemples ci-dessus nous l’ont montré, plus c’est facile, moins il y a d’effort à faire, plus on perd le sens de l’effort. La perte du rapport entre l’effort et le résultat tend à considérer le résultat comme acquis, et il devient un dû, voire un droit. Dans nos sociétés, le devoir de faire l’effort s’efface devant la revendication des droits, et cela est induit (au moins en partie) par des biais technologiques. Mais ne vous méprenez pas, il n’est pas question ici de justifier les travaux pénibles physiquement ou psychiquement, ils sont bien évidemment à proscrire.

3. Absence de contrainte vs Paresse

L’absence de contrainte est l’illusion de la liberté. Elle enlève la stimulation et la tension nécessaire à toute mise en mouvement, à toute transformation. Sans engagement collectif, il n’y a pas de prise de responsabilités. Il s’opère alors un repli sur nos besoins individuels et ce qui aurait dû être la liberté de parole et d’action pour le bien commun de l’organisation, se transforme en maximisation de la liberté individuelle, donc en recherche de confort, étape probable vers la paresse.
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Que peut-on apprendre de ces évolutions technologiques sur nos comportements sociaux ?

  • Si vous êtes décideurs ou en charge de mettre en place des innovations technologiques, réfléchissez à 2 fois avant de rendre les choses trop simples.
  • N’oubliez jamais que de la contrainte naît la créativité. La contrainte est fertile, il ne faut pas la supprimer. C’est le regard qu’on porte sur elle qu’il faut changer : une contrainte n’est pas une source d’ennuis, elle est source d’apprentissages.
  • Simplifiez les processus mais rendez rare la ressource.
  • Soulagez les tâches pénibles et répétitives, et proposez des missions exigeantes et enthousiasmantes, à forts contenus et forts enjeux.
  • Ne sacrifiez jamais la relation au gain de temps. Facilitez, fluidifiez, créez des espaces pour la rendre possible, mais ne la supprimez pas sous prétexte de gagner du temps ou pour « se simplifier la vie », vous le paieriez à un moment ou à un autre.
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