Trop de temps maintenant ?

Je vous parlais dans un article récent de cette maladie moderne et occidentale de croire que le Temps ne vaut que s’il est plein. Et bien ça y est, confinement oblige, notre temps s’est vidé. D’un seul coup. Est-ce une bonne nouvelle ?

Trop de temps ?

Ce n’est pas comme si notre quotidien au travail s’était amélioré. Nous n’avons plus de travail et nous n’avons plus de quotidien. Le confinement nous a lâchés dans une sorte de no man’s land, désertique car personne n’a le droit d’être en présence de personne. Nous n’avons plus rien à faire de ce que nous faisions d’habitude : tous nos repères ont sauté.

Pourtant, le temps nous offre une continuité troublante : le temps où nous travaillions – c’était il y a deux semaines, et à la fois c’est une éternité – était un temps contraint, le temps du confinement aussi. Je ne saurai dire aujourd’hui de la surchauffe ou de l’arrêt total lequel est le pire. Mais ce qui est sûr, c’est que subir plutôt que choisir change du tout au tout notre relation à ce qui nous arrive. Notre liberté d’agir est entravée quand nous sommes obligés de subir.

Je ne peux pas me plaindre d’avoir trop de temps maintenant, j’en réclamais. Pourtant, au bout de quinze jours de confinement, je ne sais pas encore quoi en faire. Je n’ai pas l’habitude du vide. Il ne suffit pas de le réclamer, il faut encore l’apprivoiser.

Au début, et je l’expérimente encore en ce moment, le vide déstabilise. Le vide peut être culpabilisant : je devrais être en train de faire quelque chose et je ne fais rien. Il peut être déprimant : je ne suis plus utile à rien, à quoi je sers ? Le vide peut être angoissant quand mes pensées, à force de s’agiter et de tourner en rond, prennent en masse et se transforment en mayonnaise d’angoisse : Que vais-je devenir ? Mon job ? Le crédit de la maison ? Les études des enfants ? Boucler la fin du mois ?

Autorisons-nous à passer par toutes ces émotions

La peur de l’avenir, la colère de l’injustice, la tristesse de l’insensé. Ce deuil que l’on ressent en ce moment, il faut le traverser par les 6 étapes du cycle de Kübler-Ross et Kessler, rappelé dans cet article  : le déni, la colère, la négociation, la tristesse, pour arriver à l’acceptation et au sens. A partir de l’acceptation, on peut trouver au vide un autre sens.

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Qu’est-ce qu’un moment vide ? Un moment de mieux, et non un moment de plus. Un moment de mieux, c’est donc un moment sans rien faire, sans chercher à s’occuper coûte que coûte. C’est un moment de qualité, un temps immatériel, donc. Relire Éloge de l’oisiveté de Sénèque, vous disais-je, qui définit l’oisiveté comme un refus des activités matérielles, et comme une indispensable activité de l’esprit essentiel au bonheur de l’humain. L’esprit, le mot est dit. Ce confinement nous offre l’inestimable opportunité de cesser de remplir le vide avec de la matière pour l’enrichir avec l’esprit.

Arrêtons donc de faire pendant un moment, et concentrons-nous sur l’essentiel, comme beaucoup de posts l’imposent à l’impératif sur les réseaux sociaux, bien plus qu’ils ne le proposent. Comme si c’était facile.

Essence et ciel

Qu’est-ce que l’essentiel pour vous ? Quelle essence et quel ciel pour vous ? Rien que trouver une réponse satisfaisante à cette question devrait vous occuper un bon bout de confinement. Je trouve assez irresponsable de balancer une telle injonction, comme s’il y avait un essentiel universel, une vérité universelle, et qu’en plus tout le monde la connaissait. Et que finalement, il suffisait que quelqu’un nous rappelle de revenir à cet essentiel pour qu’on s’y connecte comme si on n’avait qu’à zapper du fond de notre canapé : Ah ben oui, tiens c’est vrai. C’est sur quelle chaîne déjà l’essentiel ?

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Se poser la question de ce qu’est l’essentiel est … essentiel. Ensuite, si vous avez identifié ce qui fait votre essence, votre raison d’être, alors viendra le temps de s’y consacrer, de s’y concentrer. Une chose à la fois. Peut-être que ceux qui donnaient ce conseil pensaient à s’occuper de sa famille, pour prendre soin de soi, méditer, cuisiner, lire. Oui, bien sûr, mais de quelle manière ? Ça veut dire quoi s’occuper de sa famille ? Je fais quoi en pratique ? Si je lis, je lis quoi ? C’est la manière qui traduit le sens que vous y mettez. Ça vaut le coup de prendre le temps de se poser la question de l’essentiel, mais rien d’évident là-dedans en période de confinement. Quelques conseils pour le faire, sous forme de quelques bonnes questions à se poser :

  • Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
  • Ou, qu’est-ce qui vous donne un sens profond d’avoir accompli quelque chose ?
  • Si vous aviez tout l’argent du monde, à quoi passeriez-vous votre temps ? Pour quoi ?

Je repense aux Stoïques et à cette citation de Marc Aurèle pour finir : « que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

Que peut-on changer aujourd’hui ? Que doit-on accepter ?

Prenez soin de vous,

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