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l’alignement des équipes par le sens

L’alignement entre sens, travail et organisation : quand ce qu’on est et ce qu’on fait correspondent

Il y a une question qui revient souvent dans les conversations que j’ai avec des dirigeants et des DRH : comment faire en sorte que les gens s’engagent vraiment dans leur travail ?

La réponse habituelle tourne autour de la motivation, de la rémunération, des conditions de travail, parfois du management. Ces éléments comptent, bien sûr. Mais ils passent à côté de quelque chose de plus fondamental : la question de l’alignement.

Est-ce que ce que je fais chaque jour correspond à ce qui m’importe vraiment ? Est-ce que l’organisation dans laquelle je travaille me permet d’être qui je suis ou me demande de laisser une partie de moi à la porte ?

Ce sont des questions inconfortables. Elles le sont pour les individus, qui n’ont pas toujours les mots pour les formuler. Elles le sont aussi pour les organisations, qui n’ont pas toujours envie d’y répondre honnêtement.

Le sens n’est pas une destination

On parle beaucoup de « sens au travail » depuis quelques années. Souvent de manière un peu abstraite comme si le sens était quelque chose qu’on trouvait un jour et qu’on gardait ensuite précieusement.

Ce n’est pas ainsi que ça fonctionne.

Le sens est une construction en mouvement. Il évolue avec l’expérience, avec les rencontres, avec les responsabilités qui changent, avec la vie qui avance. Ce qui donnait du sens à 30 ans n’en donne pas nécessairement à 45. Ce qui était porteur dans un contexte donné peut devenir contraignant dans un autre.

L’alignement — entre ce qu’on est, ce qu’on fait et l’environnement dans lequel on le fait — n’est pas un état qu’on atteint. C’est quelque chose qu’on cultive, qu’on perd parfois et qu’on retrouve en se posant les bonnes questions.

Ce que j’observe dans les organisations, c’est que cette dimension est rarement prise au sérieux. On recrute des gens sur leurs compétences, on les manage sur leurs objectifs, on les évalue sur leurs résultats. Mais on s’interroge peu sur ce qui les anime vraiment et encore moins sur la manière dont l’organisation elle-même contribue à nourrir ou à étouffer cet alignement.

Ce que révèle le désalignement

Le désalignement entre une personne et son organisation ne produit pas toujours de signaux évidents. Rarement une démission ou un conflit. Plutôt un retrait progressif. Une énergie qui baisse. Un engagement qui se réduit à l’essentiel. Ce qu’on appelle parfois le « quiet quitting » mais qui est souvent simplement la réponse rationnelle d’une personne qui a compris que s’investir davantage ne changerait rien.

Ce phénomène coûte cher aux organisations en performance, en cohésion, en capacité d’adaptation. Mais il coûte aussi cher aux personnes, qui passent une part significative de leur vie dans un environnement qui ne leur correspond pas vraiment.

La question n’est donc pas seulement : comment motiver les gens ? Elle est : est-ce que nos structures, nos modes de fonctionnement, notre culture créent les conditions dans lesquelles les gens peuvent s’aligner ou au contraire les en empêchent ?

L’organisation comme contexte d’alignement

C’est là que la responsabilité des dirigeants et des DRH entre en jeu.

Un individu peut travailler sur son propre alignement; se poser des questions, clarifier ses valeurs, identifier ce qui l’anime. Mais si l’organisation dans laquelle il évolue valorise l’obéissance plutôt que l’initiative, la conformité plutôt que l’authenticité, la performance à court terme plutôt que le développement durable des personnes, cet effort individuel aura des limites.

L’alignement n’est pas seulement une affaire personnelle. C’est aussi une affaire de design organisationnel.

Est-ce que nos modes de décision laissent de la place à ceux qui ont quelque chose à dire ? Est-ce que nos structures permettent aux gens d’exercer un vrai pouvoir d’agir sur leur travail ? Est-ce que notre culture valorise la réflexion, la remise en question, la capacité à dire quand quelque chose ne fonctionne pas ?

Ces questions ne sont pas des questions RH. Ce sont des questions stratégiques. Parce que la capacité d’une organisation à retenir ses meilleurs éléments, à les voir grandir et à les voir s’engager vraiment dépend en grande partie des réponses qu’elle y apporte.

Reconnaître le fil rouge

Ce qui est intéressant, lorsqu’on regarde les parcours des personnes qui ont trouvé un alignement durable entre ce qu’elles sont et ce qu’elles font, c’est qu’il y a presque toujours un fil rouge.

Un ensemble de valeurs qui se répètent. Des situations qui génèrent de l’énergie plutôt que d’en consommer. Des contextes dans lesquels la personne se sent efficace, utile, à sa place. Et à l’inverse, des situations qui épuisent, qui contraignent, qui demandent un effort constant pour « faire comme si ».

Ce fil rouge n’est pas toujours facile à identifier par soi-même. Il demande de la distance, de la réflexion, parfois un accompagnement. Mais une fois qu’il est visible, il devient un repère précieux pour orienter ses choix professionnels, mais aussi pour mieux comprendre ce dont on a besoin dans un environnement de travail.

C’est précisément ce que permet une lecture approfondie de la personnalité, pour rendre visible ce qui opère souvent à l’insu des personnes elles-mêmes. Leurs motivations profondes. Leurs modes de fonctionnement sous pression. Les contextes dans lesquels elles seront naturellement à l’aise et ceux qui leur demanderont un effort d’adaptation.

Quand l’organisation reconnaît vraiment les personnes

Il y a une différence fondamentale entre une organisation qui dit valoriser ses collaborateurs et une organisation qui en fait la preuve dans ses structures et ses pratiques.

La première affiche des valeurs sur ses murs et organise des séminaires de team building. La seconde se demande réellement comment ses modes de fonctionnement affectent les personnes qui y travaillent et est prête à remettre en question ce qui ne fonctionne pas.

Reconnaître vraiment les personnes, ce n’est pas leur offrir des avantages. C’est créer les conditions dans lesquelles elles peuvent exprimer ce qu’elles sont avec leurs forces, leurs limites, leurs besoins spécifiques. C’est leur donner un espace pour grandir, pas seulement pour performer.

Cela suppose une posture différente de la part des dirigeants et des managers. Non plus celle de celui qui sait ce dont les gens ont besoin, mais celle de celui qui cherche à comprendre. Qui s’intéresse à ce qui motive vraiment une personne, à ce qui l’éprouve, à ce qui lui permettrait d’être plus efficace et plus épanouie.

Cette posture n’est pas naturelle dans la plupart des organisations. Elle s’apprend et elle commence souvent par une forme de conscience de soi : comprendre son propre fonctionnement avant de prétendre comprendre celui des autres.

Ce que cela change concrètement

Quand une organisation prend au sérieux la question de l’alignement ,à la fois pour les individus et à l’échelle collective, plusieurs choses changent.

Le recrutement devient plus exigeant et plus honnête. On ne cherche plus seulement à vérifier qu’un candidat coche les cases du profil défini. On cherche à comprendre si le poste, l’équipe et la culture de l’organisation offrent les conditions dans lesquelles cette personne pourra vraiment s’engager et réussir.

L’accompagnement des personnes devient plus ciblé. Plutôt que de proposer des formations standardisées, on s’intéresse à ce dont chaque collaborateur a spécifiquement besoin pour progresser en tenant compte de son mode de fonctionnement, de ses zones de confort et de ses zones de développement.

Et la question des mobilités internes devient plus réfléchie. Plutôt que de promouvoir quelqu’un parce qu’il est performant dans son poste actuel, on s’interroge sur la nature du nouveau poste et sur la manière dont il correspond au profil réel de la personne.

Ce sont des changements de pratique. Mais ils supposent d’abord un changement de regard : accepter que les personnes soient plus complexes que ce que leurs CV et leurs évaluations annuelles donnent à voir.

Construire l’alignement, pas l’attendre

L’alignement entre sens, travail et organisation ne tombe pas du ciel. Il ne se décrète pas non plus dans une charte de valeurs.

Il se construit à travers des structures qui donnent aux gens un vrai pouvoir d’agir, des pratiques qui permettent la réflexion et l’ajustement, et une culture qui valorise l’authenticité plutôt que la conformité.

Pour les individus, cela demande du courage : celui de se regarder en face, de reconnaître ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne plus, et parfois de faire des choix inconfortables.

Pour les organisations, cela demande une forme d’honnêteté : accepter que leur culture, leurs structures et leurs modes de management aient un impact réel sur la capacité des personnes à s’engager vraiment. Et être prêtes à en tirer les conséquences.

Ce n’est pas un travail ponctuel. C’est une pratique faite de questions, d’ajustements, de remises en question. Mais c’est probablement l’un des investissements les plus durables qu’une organisation puisse faire.

Vous souhaitez travailler la question de l’alignement dans votre organisation pour recruter mieux, développer vos talents ou faire évoluer votre culture ? Parlons-en lors d’un premier échange.

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